Emmanuelle Pagano, un univers littéraire à suivre

Quelques œuvres littéraires de Emmanuelle Pagano
Romans, nouvelles, récits de Emmanuelle Pagano

Emmanuelle Pagano, un univers littéraire à suivre

 

Après 6 lectures (romans, recueil de nouvelles), je peux dresser un bilan des thèmes qui reviennent dans ses œuvres littéraires.

Mais d’abord qu’ai-je lu ?

  • En cheveux/ roman/Invenit, Musée des Confluences/ Je l’ai lu une première fois puis relu avec grand plaisir quelques années après.
  • Les adolescents troglodytes/roman/POL
  • Un renard à mains nues/nouvelles/POL
  • Le tiroir à cheveux/roman/POL
  • Nouons-nous/récits/POL
  • L’absence d’oiseaux d’eau/roman épistolaire/POL

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Emmanuelle Pagano touche à tous les styles littéraires et avec succès.

 

J’aborderai dans cet article trois thèmes récurrents qui nourrissent les récits de Emmanuelle Pagano : la nature, les relations amoureuses, la parentalité, et je parlerai enfin son style d’écriture.

 

La nature, 1er thème favori de Emmanuelle Pagano

 

La nature est là en première ligne, non pas en soutien, ni en décor de carte postale mais bel et bien en guise de matériau, de témoin de la petite histoire, qui souffle le chaud ou bien le froid.

Il est clair que la montagne, l’eau sont deux éléments qui sont essentiels pour elle. Dans Les amours troglodytes, la montagne, un coin perdu d’Ardèche certainement, est témoin de la nouvelle vie après le changement de sexe de la narratrice qui était donc, au départ, un garçon.

Adèle est devenue chauffeur de bus scolaire. On suit les routes de la montagne, ses lacets à chaque passage de la navette scolaire que conduit la narratrice. Cette montagne froide est parfois dangereuse. On retrouve tous les jours, à 17 heures, ce vieux monsieur contre une barrière, figé vers le talus où sa famille a disparu depuis des années, ou encore la paroi rocheuse contre laquelle le frère de la narratrice se fracasse.

On sent la morsure du froid, l’air, l’odeur de l’eau du lac qui bordait la propriété familiale de l’enfance. Et cette montagne domptée fait opposition à la vallée où les choses de la vie se règlent :

  • la vie à l’internat,
  • l’établissement où la mère était soignée,
  • la cohabitation entre les deux frères alors jeunes adultes avant le changement de sexe,
  • l’opération de la narratrice et les nouvelles amours de la narratrice.

P. 59 : « L’automne de littérature il ne dure pas. La flamboyance, les orangés lyriques de fayards, les ocres brillants des saules, les verts acides mangés de soleil sur les bouleaux, les rouges massifs étalés écarlates des érablières, ou à l’inverse les rouges en pointillés et piquants des érables isolés dans les jaunes des autres arbres, juste le temps de la décrire, le temps pour le vent de retourner au sol quelques feuilles, et deux ou trois trajets avec mes gosses, c’est fini. »

La montagne finit par être un refuge au cœur de l’hiver quand à la fin, la narratrice ne peut plus mener les adolescents à bon port à cause de la météo. Ils trouveront tous refuge dans un musée situé dans une grotte.

Cette grotte sera un moment d’intimité, où les masques tomberont. Les adolescents qui n’osaient pas abordé le grand sujet avec Adèle, avouent savoir qu’elle était il.

Dans L’absence d’oiseaux d’eau, c’est l’eau qui est mise à l’honneur, en tant qu’allégorie des liquides corporels et des relations intimes. La rivière est le lit des amours comme elle symbolise l’acte sexuel et ses échanges corporels liquides.

Extrait p. 119 : « J’ai toujours besoin d’eau avec toi, je suis toujours dans l’eau, j’ai besoin de la voir, de l’entendre, la sentir, la savoir couler, baiser la berge, clapoter tout près. »

Extrait p. 183 : « Noyée je sors de la rivière, nous dessinons encore du bout des doigts et des lèvres des souvenirs immédiats dans la petite épaisseur salée, et enfin nous nous séchons au soleil comme toujours en riant beaucoup, en restant au bord du sommeil. »

 

La parentalité dans les œuvres littéraires de Emmanuelle Pagano

 

Le tiroir à cheveux et L’absence d’oiseaux d’eau abordent ce sujet.

Dans Le tiroir à cheveux, c’est une toute jeune femme à la dérive qui se débat ou plutôt subit sa vie. Délaissée, mal-aimée peut-être, elle est en marge. Elle est tombée enceinte à 15 ans de son petit-ami. Elle cachera cette grossesse jusqu’au bout dans un déni qui sera fatal au bébé.

L’accouchement en urgence et les complications nécessitent d’avoir l’accord parental pour une césarienne. Mais il sera trop tard, le petit garçon naîtra mais avec un handicap.

La jeune femme se retrouve seule, adieu le petit-ami. Cette leçon ne lui suffit pas puisque à la faveur de relations sexuelles fortuites, elle tombe encore enceinte et met au monde un second enfant. Ils sont perdus ces enfants comme elle est perdue cette mère délaissée et à peine sortie de l’adolescence.

Elle se raccroche à cette mèche de cheveux qu’elle conserve depuis son enfance. Elle observe les cheveux de son petit garçon handicapé comme une pousse de quelque chose qui promet quelque chose sans savoir quoi.

Dans L’absence d’oiseaux d’eau, la narratrice toute à son travail d’écriture et à sa nouvelle vie d’amoureuse considère ses 3 enfants comme une entrave à sa vie d’autrice. Ils sont là, mais de loin, comme si la narratrice était surtout observatrice. 2 garçons et une fille qui subissent la séparation du couple et le départ de la mère. Mais cet aspect-là est traité de manière très secondaire dans ce roman épistolaire.

 

Le style d’écriture de l’écrivaine Emmanuelle Pagano

 

La pluralité des genres littéraires (récit atypique, nouvelles, romans, roman épistolaire) reflète une richesse de voix.

La patte de l’autrice, c’est :

  • une écriture très imagée,
  • la sensualité,
  • beaucoup d’allégories.

Les personnages et les rapports humains sont très fouillés, ce qui dénote une connaissance et un travail de recherche certains, ainsi qu’un sens de l’observation très fin. C’est théâtral par moment, scénique, voire cinématographique.

Les tournures de phrases sont parfois improbables, très inventives.

Extrait de Nouons-nous, p. 35 «  Je suis dispersée, distraite, je laisse mes mouvements se faire seuls, sans moi, sans jeter un œil sur eux. Quand il me parle, enfin, je me rassemble. Il me concentre. »

L’ensemble des récits compulsés dans Nouons-nous n’est que ça et tout ça ! Des histoires de vies amoureuses entre êtres hétérosexuels ou homosexuels, mais pas seulement des histoires de cœur, des épisodes intimes, qu’ils soient physiques ou émotionnels. L’écriture sublime les élans du cœur et du corps.

Emmanuelle Pagano, lie les mots, lit les corps, les relie, crée des ponts entre eux de manière subtile et cartographique presque ! Son écriture est chirurgicale, précise comme une ligne taillée au scalpel. Elle manie précision et vérité. Elle s’approprie la vie de ses personnages dans un univers en 3 D.

p. 172 : « Nous avons la même morphologie, même taille, même silhouette. Je peux me cacher derrière elle. Elle derrière moi. Au soleil nos ombres se trompent de corps. »

 

Vous l’aurez compris, en tant que lectrice je suis séduite par le style d’écriture, les thèmes littéraires qu’Emmanuelle Pagano aborde et la finesse de psychologie de ses personnages.

Autrice à suivre !

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Carole Bessiere
Rédactrice de contenus web, autrice de fiction, community manager, relectrice et correctrice.
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