Le Petit Chaperon rouge et Cendrillon, du conte au théâtre

Le Petit Chaperon rouge et Cendrillon version théâtre
Le Petit Chaperon rouge et Cendrillon version théâtre

Je me suis aperçue que je me plaisais à lire des versions modernes et dérivées du conte Le Petit Chaperon rouge. Vous en trouverez notamment sur le site de la BNF.

Les réécritures donnent encore plus de poids à ce conte et à son interprétation. Puis, j’ai découvert une version adaptée en pièce de théâtre. L’auteur Joël Pommerat (mettre lien) a adapté Le Petit Chaperon rouge avec succès, à mon humble avis ! Cette pièce  de théâtre est illustrée par Marjolaine Leray. Elle a dédicacé mon exemplaire.

Le petit Chaperon rouge, une pièce de théâtre

La petite fille naïve laisse la place à une fillette un peu plus mature. Ici le contexte familial est important. Joël Pommerat s’attarde sur la mère du Petit Chaperon rouge. Elle travaille, forcément, et le père n’est pas évoqué dans l’histoire. Elle n’a ni frère ni sœur.

L’auteur insiste sur la solitude de la petite fille, l’interdiction de sortir seule, même près de chez elle. Dans le conte traditionnel, nulle allusion à l’école, alors qu’ici, on sait que le Petit Chaperon rouge va à l’école tout près de sa maison.

À noter que notre petite héroïne est habillée de rouge, mais n’est pas nommé « Petit Chaperon rouge ».

Le mot « temps » revient pour marteler sa solitude. L’imager du foyer monoparental plane avec un parent qui travaille beaucoup.

Extrait p.7 (pas de ponctuation dans le texte)

«  La petite fille avait voulu faire un jour faire un cadeau utile à sa maman lui offrir du temps elle lui avait dit : tiens je te donne du temps maman mais sa mère ne s’était même pas rendu compte du cadeau qui lui faisait sa petite fille et tout était resté comme avant. »

La maman trouve quand même un peu temps pour jouer avec sa fille en imitant des « bêtes monstrueuses ». Ce sont des moments de jeux complices.

Le défi du Petit Chaperon rouge

La fillette a une grand-mère, vieille évidemment et très malade aussi. La mère et la grand-mère ne se parlent pas du coup. L’illustration est intéressante à ce sujet: les 2 femmes sont assises sur leur chaise comme si elle était dans une salle d’attente et pas dans une ambiance familiale.

L’enfant réclame sa grand-mère puisque sa mère est si absente. La mère trouve une ruse : elle propose à sa fille de cuisiner un gâteau, une tarte ou un flan pour sa grand-mère. S’il est très réussi, alors elle pourra lui amener ce plat.

Le pari est si haut à relever que la mère croit s’assurer de l’échec de sa fille. Or, celle-ci va persévérer et parvenir à faire un flan. La persévérance est ici mise en avant, l’apprentissage par soi-même aussi.

La mère n’a pas le choix : elle tient parole tout en prévenant la fillette des dangers sur la route, mais sans préciser. Irresponsable, dirait-on aujourd’hui !’enfant

Le danger du loup dans la pièce de théâtre Le Petit Chaperon rouge

Le Petit Chaperon rouge a peur et se rassure avec son ombre et ses pas qui résonnent dans les bois. Son ombre parle et rassure la fillette dont la peur croît. Elle se raisonne en pensant à la réaction de sa mémé et aux compliments auxquels elle aura droit.

Elle s’enfonce dans les bois et voit 2 yeux. La curiosité la pousse à s’avancer, et elle constate que la bête n’est pas aussi monstrueuse que sa mère pouvait le dire.

Le dialogue entre le loup et le Petit Chaperon rouge montre une fillette qui refuse de donner son flan au loup, qui lui dit même pas peur de toi, l’observe de près. L’enfant se montre sociable.

Puis vient le moment de prendre 2 chemins, séparément pour se rendre chez la grand-mère. La fillette choisit le chemin le plus sûr et prend son temps.

Le loup joue son rôle de loup et arrive à ruser pour manger la grand-mère.mémé

L’affrontement du loup et du Petit chaperon rouge

Le Petit Chaperon rouge arrive peu après et tient un discours plutôt mature.

Extrait p.34-35 : « C’est ma mère qui m’a demandé de faire ce flan pour toi, j’espère que tu vas en manger et que tu vas l’aimer, ma mère ne croyait pas que je serais capable de faire toute seule un flan, elle me croit encore vraiment petite, et finalement je crois qu’elle ne me croit pas encore capable d’avoir des responsabilités dans la vie, les mères c’est toujours comme ça non ? C’est pénible. »

La fillette se confie et le loup s’impatiente !

La suite du dialogue est alléchante. Le Petit Chaperon rouge parle de sa peur, des raisons de sa peur (le bruit dehors, le tonnerre, le bruit dans le ventre du loup). Le dialogue de fin est surréaliste car réaliste justement. On sait qui est qui. La fillette ne veut pas être mangée. Le loup n’a d’autre choix que de sauter sur la fillette pour la manger. Elle a donc résisté en dialoguant avec son agresseur qu’elle a identifié.

La délivrance de l’enfant et de sa mémé est ensuite similaire au conte traditionnel.

La morale du Petit Chaperon rouge

Joël Pommerat termine par une morale de fin. La fillette est devenue adulte. Sa mère est près d’elle, le lien social est renforcé. Le loup s’est repenti.

La prise de conscience, le repentir et le lien filial sont 3 points forts.

Mon avis sur Le Petit Chaperon rouge : cette pièce de théâtre est adaptée au contexte moderne où la psychologie et la justice sociale sont très importantes. J’ai apprécié le rythme du texte qui contient peu de ponctuation et s’enchaîne vivement. À lire à voix haute pour une meilleure expérience.

Joël Pommerat a revisité non pas un conte mais deux. Avec Cendrilon, il m’a vraiment bluffée !

Cendrillon, du conte au théâtre avec Joël Pommerat

À l’origine, le conte de fées laisse très peu de place au père de Cendrillon. Les filles de la marâtre sont plus méchantes, car elles enferment Cendrillon dans le grenier quand le bal du Prince arrive et dans la cave quand les messagers du Prince entrent dans leur maison pour faire essayer la pantoufle de verre. Cendrillon n’exprime pas ce qu’elle subit.

Cendrillon, du conte féerique au théâtre

J’ai eu un grand coup de cœur pour la pièce de théâtre de Joël Pommerat. Le conte originel est écrit par Charles Perrault. Le ton est très moderne. La pièce est résolument axée sur la psychologie et la résilience des personnages.

Le postulat de départ dans Cendrillon

Dans la pièce de théâtre de J. Pommerat, Cendrillon a un nom, Sandrine, voire un surnom, Cendres. L’auteur prend le parti de parler de sa mère et du bonheur de ses parents avant que la maman disparaisse succombant à une maladie.

On voit évoluer Sandrine autour d’une maman alitée, qui n’a plus le souffle de parler. Sandrine parle seule et fait les questions et les réponses. Au seuil de sa mort, la maman chuchote quelque chose que Sandrine interprète à sa façon. Cela va bouleverser sa vie. En effet, Sandrine croit qu’elle ne doit jamais cesser de penser à sa mère sous peine qu’elle meure vraiment. La douleur de la perte est telle, qu’elle se persuade de cela.

Son père souhaitant se remarier, rencontre une femme qui a deux filles : la marâtre entre en scène ! La maison qu’occupent cette femme et ses filles est en verre. Pas de chaussure en verre, mais une bâtisse où le reflet de ces dames et demoiselles fait office de miroir. Elles sont vulgaires dans leurs propos et leur mère a eu recours à la chirurgie. Elle paraît plus jeune que ses filles tout en s’en plaignant faussement.

Sandrine subit des critiques sur son apparence, son langage, sa montre qui lui sert à ne pas oublier de penser à sa mère. Elle est logée dans la cave borgne. Elle parle de sa mère au grand désespoir de la marâtre. Elle garde surtout près d’elle la robe de mariage de sa mère. Le père est tiraillé entre sa fille et sa future vie. Il est rapidement dépassé. La marâtre ordonne qu’on détruise la robe.

Le drame de Cendrillon

Sandrine se voit attribuer des corvées tout comme les 2 autres filles, non prénommées. Rapidement, ayant oublié de penser à sa mère, elle se punit elle-même et accepte toutes les corvées de ménage de la maison. Elle a des mots très durs envers elle-même. Le père est censé épouser la marâtre qui le rabaisse. Donc 2 personnes sont maltraitées ici.

Vient alors l’annonce d’une fête à la cour du royaume pour fêter l’anniversaire du Prince. La marâtre et ses filles interprètent à leur façon les codes de la soirée et se déguisent en costumes Louis XIV.

La magie de Cendrillon

Une fée entre alors en scène pour aider Sandrine à aller à la fête. Les scènes sont cocasses, car la fée est mal pourvue en pouvoirs, maladroite dans ses propos, mais aidante. On ne lui demande que ça ! Cendrillon et elle s’affrontent verbalement. La jeune fille veut continuer à se morfondre dans son malheur. La fée l’aide à fabriquer une robe et voilà notre héroïne partie à la soirée.

La rencontre entre Cendrillon et le Prince

C’est en fin de soirée que Cendrillon et le Prince sortis prendre l’air font connaissance. Ce sont deux adolescents qui parlent de leurs soucis. À vrai dire, le Prince vit dans le déni et le mensonge sur la mort de sa mère. Sandrine essaye de le raisonner.

Ils se séparent et la vie reprend. Mais le roi convoque une autre fête pour retrouver la personne qui a fait tant d’effet à son fils. La fée viendra encore une fois en aide à Sandrine. Comble du ridicule, la marâtre essayera de faire croire au Prince qu’elle est l’élue.

La chute de la pièce de théâtre Cendrillon

Les deux ados s’entendent bien et soignent leurs blessures morales. Sandrine avoue que sa mère est morte et pousse le Prince à reconnaître qu’il en est de même pour lui. La marâtre, folle de jalousie se mure dans le silence. Sandrine et son père rompent avec la maison de verre et partent vivre ailleurs.

Mon avis sur Cendrillon

Voici une pièce de théâtre où les clichés sur la femme rangée, la princesse qui épouse le prince et met au monde une ribambelle d’enfants sont balayés. Les personnages assument leur mal-être et essayent d’y remédier même si la magie est encore là grâce au personnage de la fée. Le père apparaît comme faible, mais reprend son autorité de père et ses responsabilités. Le côté faillible et résilient des êtres humains est bien mis en avant.

 

Tout se termine bien, comme dans le conte de Charles Perrault. J’espère que mon article vous aura donné envie de lire du théâtre. La diversité des styles et des contextes narratifs en font un genre littéraire riche.

Je suis ici :
Carole Bessiere
Rédactrice de contenus web, autrice de fiction, community manager, relectrice et correctrice.