L’île aux arbres disparus, chronique d’un roman enraciné

L'île aux arbres disparus, chronique d'un roman enraciné
L'île aux arbres disparus, chronique d'un roman enraciné

Le roman L’île aux arbres disparus raconte l’histoire de Chypre et à travers elle, l’histoire de deux jeunes gens amoureux, un jeune homme grec et une jeune fille turque malgré le conflit religieux, les traditions, les interdits. Des allers-retours entre les différentes périodes historiques permettent de recréer leur parcours chaotique.

En 1974, l’île est séparée en deux, sous le joug de la Grèce, puis colonisée par l’Angleterre, avec une ingérence turque. Elif Shafak parle de cette frontière dans le prologue, comme un fait universel.

La narration se fait notamment par le biais d’un figuier, qui est à la fois témoin de l’histoire, acteur de celle-ci, passeur de mémoires, objet de réincarnations, de légendes et tout simplement nourriture terrestre et objet d’observations biologiques.

D’ailleurs dans ce roman, la faune et la flore sont à la fois acteurs et témoins des événements. C’est un roman qui parle d’un écosystème entier où chaque être vivant a sa place. C’est cela qui en fait sa richesse, à la fois d’un point de vue narratif et des connaissances. E. Shafak a découpé l’histoire en 5 parties qui correspondent à celle d’un arbre.

Partie 1 de L'île aux arbres disparus, Comment enterrer un arbre

Kostas vit à Londres en 2010. Il est veuf depuis peu et vit avec sa fille Ada de 16 ans. Il replante un figuier qu’il a ramené 16 ans plus tôt de Chypre pour le protéger de l’hiver. Il lui parle et pleure face à lui le soir et la nuit. On a une page explicative sur la façon d’enterrer un figuier.

Il est botaniste et chercheur. Ada est mal dans sa peau et un jour elle se met à hurler en classe sans raison. Ada sait peu de choses sur le passé de ses parents. Meryem, la sœur de Defne, la maman d’Ada débarque de Chypre pour la première fois. Elle rompt un silence de 16 ans, suite à une promesse faite à ses parents. Or, sa mère, veuve, vient de mourir. Elle apporte ses superstitions, son histoire et celle de Defne, celle de Chypre aussi. Elle tente d’apprivoiser sa nièce, de lui montrer la culture turque, chypriote. 

Grâce à Meryem, Ada part à la recherche de ses racines.

La 2e partie du récit, Racines

Cette période nous renvoie en 1974, où deux adolescents amoureux, Kostas donc et Defne, bravent les interdits pour se voir et vivre leur histoire d’amour, malgré la guerre. Ils trouvent refuge dans une taverne, Le figuier heureux où deux propriétaires leur offre une protection. Au centre de cette taverne, trône un grand et majestueux figuier. Kostas a perdu un frère dans la lutte politisée, et son autre frère est parti le chercher. Il est seul avec sa mère, sans nouvelles.

À l’instar d’un tronc qui permet la venue de branches, de feuilles et de fruits, comment Kostas et Defne pourront-ils construire une vie sans tronc commun ? C’est l’objet de la 3e partie.

3e partie du roman d'Elif Shafak, Tronc

Le roman se déroule toujours sur le mode d’allers et retours entre la période actuelle 2010 et 1974

Alors que les tensions montent entre les deux communautés grecques et turques, et contre les propriétaires homosexuels de la taverne, la mère de Kostas le fait partir en Angleterre auprès de son frère pour le protéger. Il est très sensible et plus enclin à agir pour la défense de la nature que pour les hommes.

Citation : « Pour elle la souffrance humaine était primordiale, et la justice le but ultime, tandis que pour lui, l’existence humaine, bien que précieuse au-delà des mots, n’avait pas de priorité particulière dans la chaîne écologique. »

Il laisse une lettre à Defne. Elle est ravagée par le chagrin et ne veut pas répondre aux lettres suivantes.

Elle est enceinte et cherche à se faire avorter. Un médecin anglais va tenter de l’aider en vain. C’est alors que le couple de tenanciers du Figuier heureux disparaît. La sœur de Defne, Meryem, a toujours été complice de la situation Defne. Mais il est de plus en plus difficile de se cacher.

Meryem en 2010 déploie le fil qui la relie à Chypre et aux traditions, au passé pour essayer d’apprivoiser Ada. Le figuier joue sa partition. 

4e partie du livre L'île aux arbres disparus, Branches

Meryem continue à faire connaissance avec Kostas et Ada.

Kostas est revenu en 2000 à Chypre à la recherche de Defne. Son ami David la connaît et le met en relation avec elle. Elle est devenue archéologue et cherche les sépultures des défunts grecs et turcs tombés lors du conflit. Elle veut en fait retrouver les deux propriétaires de la taverne à qui elle doit le secret sur ses rencontres avec Kostas.

Elle reste d’abord distante, puis se rapproche de lui et renoue avec celui qu’elle a toujours aimé. Ils reprennent leur relation amoureuse et Kostas apprend qu’il était père. Il demande Defne en mariage et avant de partir il prélève une bouture du figuier très malade. Il veut emporter la mémoire de leur histoire et celle du pays. Defne finit par avouer ce qui est arrivé au bébé et l’amène sur la sépulture dans un cimetière militaire.

2010, Meryem se rapproche d’Ada qui lui parle de son hurlement en classe. Elle lui fait voir un exorciste pour faire partir le djinn qui a pris possession d’elle. Ada fuit le médium et ces superstitions

5e partie, Ecosystème

Meryem est sur le point de rentrer chez elle à Chypre. Tante et nièce se sont rapprochées. Defne avait subi une dépression après son accouchement. Elle avait repris son travail pour les Nations Unies et son vieux problème d’alcool n’avait pas cessé.

C’est Ada qui l’a trouvé inerte dans sa chambre lors d’un voyage de Kostas en Australie. Defne était consciente de la différence fondamentale entre Kostas et elle, lui ne priorisant pas l’humain et elle oui. Kostas essaye désormais de se rapprocher de sa fille et lui propose de lire son manuscrit.

Mon avis sur le roman L'île aux arbres disparus

En définitive, le titre L’île aux arbres disparus évoque les arbres qui ont été emportés par des migrants pour conserver la mémoire de leur histoire et de leur île.

Ce roman est un vrai livre-monde, qui décrit un cycle de vie et de mort où chaque être vivant à sa place et son rôle à jouer dans une partition réaliste et légendaire à la fois.

Mémoires et transmissions tissent un écosystème tel les racines d’un figuier qui nourrissent ses branches, ses feuilles et ses fruits. En définitive le thème de la psycho généalogie est très fort dans cette histoire.

Les derniers chapitres du roman sont très poétiques et se referment sur des légendes.

Voici donc un superbe roman universel qui transporte l’esprit pour mieux le faire voyager vers ses racines. Merci aux Editions Flammarion de l’avoir édité. 

Je suis ici :
Carole Bessiere
Rédactrice de contenus web, autrice de fiction, community manager, relectrice et correctrice.