Author Archive Carole Bessiere

Comment j'ai écrit mon poème J'ai rêvé de toi

Comment j’ai écrit mon poème J’ai rêvé de toi

La poésie répond à des règles que des poètes, de tout temps, ont créées ou respectées. Ce qui m’intéresse dans ce genre littéraire, c’est la perpétuelle appropriation des mots, de leur rythme encore plus poussé que dans tout autre genre littéraire !

Inventer un style, impulser son souffle, oxygéner la langue, dépoussiérer les canons du genre, c’est ce qui m’attire dans la poésie.

Je vais vous expliquer comment j’ai construit mon dernier poème J’ai rêvé de toi.

La première strophe m’a donné le tempo et malgré les idées qui me venaient à l’esprit, j’ai dû restructurer les autres strophes pour que l’ensemble garde la cohérence de cette première strophe.

 

Écriture du poème J’ai rêvé de toi

 

J’ai d’abord écrit une première version, spontanée. La voici :

Je rêve de toi ce matin,

si peu, si loin.

Je me souviens d’un orteil blanc,

aussi blanc que le drap

sur lequel il reposait.

 

D’une blancheur noble,

noble comme peut l’être

une statue de marbre.

Noble comme peut l’être

une peinture ancienne

noble comme le pied d’un illustre inconnu,

immortalisé à jamais sur la toile.

 

La première phrase a son rythme propre que j’ai souligné en rouge pour une meilleure visibilité. Je sais assez vite que je reprendrai le début en modifiant la notion de temps (ici ce matin). Puis vient l’adverbe de comparaison si, répété deux fois et suivi chacun d’un adverbe. Ces derniers ne sont pas forcément en opposition. Si j’avais voulu une opposition parfaite, j’aurais dit si peu, tellement !

Cette strophe fait apparaître une répétition du mot noble en tant qu’adjectif placé en début de phrase et juste après la virgule qui suit et donne un effet miroir. Je le mets en gras.

Il est employé après un substantif puis 3 fois employé avec comme. Cela pourrait servir de modèle.

Le rêve prend corps, donne du corps à étreindre.

À moi de trouver d’autres comparaisons avec deux autres adjectifs pour la deuxième et la troisième strophe tout en conservant mes idées.

C’est là que les choses se corsent ! Pourquoi ? J’écris comme les idées me viennent sans logique forcément apparente ou alors c’est une coïncidence ! Donc, il y a peu de chance qu’un poème soit parfaitement construit dès le premier jet d’écriture.

 

La deuxième strophe

 

La deuxième strophe qui m’est spontanément venue à l’esprit est celle-ci :

Je rêve de toi ce midi,

aussi bien, aussi fort.

Je me souviens d’un souffle long,

aussi long que le vol de l’hirondelle

planant dans le ciel.

 

Long comme l’attente

et la promesse que tu m’as faite,

long comme le souvenir

de toi entre deux rêves étourdis.

 

Il faut noter que je me souviens se répète aussi, couplé à aussi. Je sais d’ores et déjà que j’aurai cette structure de mots dans la troisième strophe. Je mets des couleurs pour repérer la construction du texte. C’est un repère spatial qui m’aide, à la manière d’une carte dite mindmap. Je suis très visuelle dans mon approche et tout aussi sensible au rythme.

Les si sont remplacés par des aussi suivis par 2 adjectifs qui ne sont toujours pas opposés. Rébellion… !

J’ai raccourci la deuxième strophe, parce que l’impression générale ne doit pas être d’avoir une liste. Ce n’est pas de la rédaction de contenu que je compose ici ! Ouf, il n’y aura pas de langage html non plus du coup !! Petit aparté !!

Ici, le ton est plus solennel, grave. Le fil de la mélancolie se déroule.

 

La troisième strophe

 

Enfin, une 3e strophe s’impose pour que la temporalité (matin, midi) s’enchaîne avec « soir ». Jusque-là, tout va bien. Les heures sombres de la soirée s’annoncent, attention !

 

Je rêve de toi ce soir,

malgré moi, malgré tout.

Je me souviens d’un mot bref,

aussi bref que la vie d’une illusion.

 

Bref comme la demi-mesure

entre deux notes reprises à la volée,

bref comme un soupir aux accents noirs

perdu dans la partition.

 

Ici la deuxième ligne introduit une préposition, malgré. L’affaire se corse entre les 2 protagonistes, on dirait ! Vous partez ou vous restez ?

La connotation des mots, qu’ils soient des prépositions, des adjectifs… est plus négative. Ah le soir, heures sombres ! Faut-il pour autant en perdre sa poésie ? J’espère que non ! Elle fait oublier avec délicatesse les tourments de la vie. La poésie mène au ruisseau les noirceurs pour leur redonner du teint en les diluant. Vous voyez le tableau ! Il est impressionniste ou pointilliste à votre avis ?

La dernière strophe a demandé du travail sur des notions de musique. Le mot soupir fait partie du vocabulaire musical et je l’ai découvert à l’occasion. C’est un silence qui a la même durée qu’une note noire. Donc accents noirs s’y réfère. Donc silence… Ce n’est pas bon signe entre les deux personnes. Ici c’est le chaos musical, le chaos tout court.

Le poème ne pouvait que se terminer ainsi. Bref, dis-je, bref comme un adieu, une fin de non-recevoir.

Emportez avec vous cette partition en 3 actes, tout un poème, toute une histoire, je vous l’écris.

 

Pour lire l’intégralité du poème, c’est par ici : J’ai rêvé de toi

 

 

Les œuvres littéraires de Emmanuelle Pagano

Emmanuelle Pagano, un univers littéraire à suivre

Emmanuelle Pagano, un univers littéraire à suivre

 

Après 6 lectures (romans, recueil de nouvelles), je peux dresser un bilan des thèmes qui reviennent dans ses œuvres littéraires.

Mais d’abord qu’ai-je lu ?

  • En cheveux/ roman/Invenit, Musée des Confluences/ Je l’ai lu une première fois puis relu avec grand plaisir quelques années après.
  • Les adolescents troglodytes/roman/POL
  • Un renard à mains nues/nouvelles/POL
  • Le tiroir à cheveux/roman/POL
  • Nouons-nous/récits/POL
  • L’absence d’oiseaux d’eau/roman épistolaire/POL

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Emmanuelle Pagano touche à tous les styles littéraires et avec succès.

 

J’aborderai dans cet article trois thèmes récurrents qui nourrissent les récits de Emmanuelle Pagano : la nature, les relations amoureuses, la parentalité, et je parlerai enfin son style d’écriture.

 

La nature, 1er thème favori de Emmanuelle Pagano

 

La nature est là en première ligne, non pas en soutien, ni en décor de carte postale mais bel et bien en guise de matériau, de témoin de la petite histoire, qui souffle le chaud ou bien le froid.

Il est clair que la montagne, l’eau sont deux éléments qui sont essentiels pour elle. Dans Les amours troglodytes, la montagne, un coin perdu d’Ardèche certainement, est témoin de la nouvelle vie après le changement de sexe de la narratrice qui était donc, au départ, un garçon.

Adèle est devenue chauffeur de bus scolaire. On suit les routes de la montagne, ses lacets à chaque passage de la navette scolaire que conduit la narratrice. Cette montagne froide est parfois dangereuse. On retrouve tous les jours, à 17 heures, ce vieux monsieur contre une barrière, figé vers le talus où sa famille a disparu depuis des années, ou encore la paroi rocheuse contre laquelle le frère de la narratrice se fracasse.

On sent la morsure du froid, l’air, l’odeur de l’eau du lac qui bordait la propriété familiale de l’enfance. Et cette montagne domptée fait opposition à la vallée où les choses de la vie se règlent :

  • la vie à l’internat,
  • l’établissement où la mère était soignée,
  • la cohabitation entre les deux frères alors jeunes adultes avant le changement de sexe,
  • l’opération de la narratrice et les nouvelles amours de la narratrice.

P. 59 : « L’automne de littérature il ne dure pas. La flamboyance, les orangés lyriques de fayards, les ocres brillants des saules, les verts acides mangés de soleil sur les bouleaux, les rouges massifs étalés écarlates des érablières, ou à l’inverse les rouges en pointillés et piquants des érables isolés dans les jaunes des autres arbres, juste le temps de la décrire, le temps pour le vent de retourner au sol quelques feuilles, et deux ou trois trajets avec mes gosses, c’est fini. »

La montagne finit par être un refuge au cœur de l’hiver quand à la fin, la narratrice ne peut plus mener les adolescents à bon port à cause de la météo. Ils trouveront tous refuge dans un musée situé dans une grotte.

Cette grotte sera un moment d’intimité, où les masques tomberont. Les adolescents qui n’osaient pas abordé le grand sujet avec Adèle, avouent savoir qu’elle était il.

Dans L’absence d’oiseaux d’eau, c’est l’eau qui est mise à l’honneur, en tant qu’allégorie des liquides corporels et des relations intimes. La rivière est le lit des amours comme elle symbolise l’acte sexuel et ses échanges corporels liquides.

Extrait p. 119 : « J’ai toujours besoin d’eau avec toi, je suis toujours dans l’eau, j’ai besoin de la voir, de l’entendre, la sentir, la savoir couler, baiser la berge, clapoter tout près. »

Extrait p. 183 : « Noyée je sors de la rivière, nous dessinons encore du bout des doigts et des lèvres des souvenirs immédiats dans la petite épaisseur salée, et enfin nous nous séchons au soleil comme toujours en riant beaucoup, en restant au bord du sommeil. »

 

La parentalité dans les œuvres littéraires de Emmanuelle Pagano

 

Le tiroir à cheveux et L’absence d’oiseaux d’eau abordent ce sujet.

Dans Le tiroir à cheveux, c’est une toute jeune femme à la dérive qui se débat ou plutôt subit sa vie. Délaissée, mal-aimée peut-être, elle est en marge. Elle est tombée enceinte à 15 ans de son petit-ami. Elle cachera cette grossesse jusqu’au bout dans un déni qui sera fatal au bébé.

L’accouchement en urgence et les complications nécessitent d’avoir l’accord parental pour une césarienne. Mais il sera trop tard, le petit garçon naîtra mais avec un handicap.

La jeune femme se retrouve seule, adieu le petit-ami. Cette leçon ne lui suffit pas puisque à la faveur de relations sexuelles fortuites, elle tombe encore enceinte et met au monde un second enfant. Ils sont perdus ces enfants comme elle est perdue cette mère délaissée et à peine sortie de l’adolescence.

Elle se raccroche à cette mèche de cheveux qu’elle conserve depuis son enfance. Elle observe les cheveux de son petit garçon handicapé comme une pousse de quelque chose qui promet quelque chose sans savoir quoi.

Dans L’absence d’oiseaux d’eau, la narratrice toute à son travail d’écriture et à sa nouvelle vie d’amoureuse considère ses 3 enfants comme une entrave à sa vie d’autrice. Ils sont là, mais de loin, comme si la narratrice était surtout observatrice. 2 garçons et une fille qui subissent la séparation du couple et le départ de la mère. Mais cet aspect-là est traité de manière très secondaire dans ce roman épistolaire.

 

Le style d’écriture de l’écrivaine Emmanuelle Pagano

 

La pluralité des genres littéraires (récit atypique, nouvelles, romans, roman épistolaire) reflète une richesse de voix.

La patte de l’autrice, c’est :

  • une écriture très imagée,
  • la sensualité,
  • beaucoup d’allégories.

Les personnages et les rapports humains sont très fouillés, ce qui dénote une connaissance et un travail de recherche certains, ainsi qu’un sens de l’observation très fin. C’est théâtral par moment, scénique, voire cinématographique.

Les tournures de phrases sont parfois improbables, très inventives.

Extrait de Nouons-nous, p. 35 «  Je suis dispersée, distraite, je laisse mes mouvements se faire seuls, sans moi, sans jeter un œil sur eux. Quand il me parle, enfin, je me rassemble. Il me concentre. »

L’ensemble des récits compulsés dans Nouons-nous n’est que ça et tout ça ! Des histoires de vies amoureuses entre êtres hétérosexuels ou homosexuels, mais pas seulement des histoires de cœur, des épisodes intimes, qu’ils soient physiques ou émotionnels. L’écriture sublime les élans du cœur et du corps.

Emmanuelle Pagano, lie les mots, lit les corps, les relie, crée des ponts entre eux de manière subtile et cartographique presque ! Son écriture est chirurgicale, précise comme une ligne taillée au scalpel. Elle manie précision et vérité. Elle s’approprie la vie de ses personnages dans un univers en 3 D.

p. 172 : « Nous avons la même morphologie, même taille, même silhouette. Je peux me cacher derrière elle. Elle derrière moi. Au soleil nos ombres se trompent de corps. »

 

Vous l’aurez compris, en tant que lectrice je suis séduite par le style d’écriture, les thèmes littéraires qu’Emmanuelle Pagano aborde et la finesse de psychologie de ses personnages.

Autrice à suivre !

Journal du confinement

Journal du confinement

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L’écriture au temps du confinement

Rapidement après l’annonce de la crise sanitaire qui nous frappait en mars, on nous informa qu’il allait falloir rester chez soi. Parce qu’être confiné, c’est ça : se regarder dans la glace pendant des jours successivement et faire son examen de conscience.

De là, débuta pour certains un chemin de croix, pour d’autres une hilarante partie de cache-cache avec soi-même. Psychologie active et reproduite au fil des jours, nous voilà en train de surfer sur une vague déferlante qui inonda les réseaux sociaux : le témoignage d’une expérience dont on est un·e héros·roïne.

Le titre serait “Ma vie de confinée“.

Ok, une nouvelle œuvre d’art littéraire est née, je vous l’accorde : le journal du confinement. Mais je crois que la réussite de cette expérience réside dans la spontanéité de l’écriture. C’est en tout cas ma vision des choses.

Me voilà certains jours, spontanément donc, en train de dégainer mon téléphone portable et l’enregistreur vocal afin d’assouvir mon ressenti sur la crise sanitaire et ses conséquences sur mon psychisme. Rien que ça !

Quel moment de la journée je préfère pour écrire mon journal du confinement ?

Le matin tôt, dès l’aube… Euh, rien à voir avec Victor Hugo, hein ! Donc le matin, au moment où mes neurones recalculent mon potentiel de vitalité, quand mes idées fusent à n’en plus finir, je blablate dans mon micro ! Et c’est parti pour un épisode du journal de confinement.

Pourquoi ?

  • pour me rassurer !
  • pour entendre ma voix et comprendre que je suis en vie !
  • pour rire !
  • pour enregistrer une idée pertinente, aussi ! Enfin, parfois.

Parce que je ne sais pas vous, mais moi, le silence abyssal m’a fait penser plus d’une fois que j’étais la seule en vie. Flippant. Enfin, certains sont heureux. Et c’est tout le paradoxe de cette situation : il y a deux groupes de confiné·e·s.

L’exercice de l’écriture, contrainte ou soif de vivre ?

Donc entre bonheur et décadence, il faut choisir !

Nous avons les trop heureux·e·s qui peuvent s’adonner à des loisirs dont ils n’avaient jamais le temps. Les trop heureux de dormir des heures en plus, les trop heureux de ne plus travailler, les bricoleurs du dimanche devenus les bricoleurs perpétuels…

Et puis, les angoissés, parfois coincés dans des logements minuscules à compter les grains de poussière, les hyperactifs sous caféine, les drogués du sport en plein air…

Parmi ceux-là, une communauté s’adonnant habituellement à l’écriture a regardé la pile de cahiers ou l’écran du PC avec ardeur et vaillance ! Le Graal.

S’enfermer et écrire ce roman en 3 parties, ce recueil de poésie, sa biographie. Au travail !

Et donc moi, je m’empressais de dicter mes idées et questionnements sur mon dictaphone. Dans la lumière artificielle qui précède la lueur du jour, dans le bruissement des draps, avec la voix endormie et incertaine, le matin uniquement. En repensant à ce livre lu dans mon enfance : “Les 79 carrés” de Malcolm J. Bosse. Un livre que je n’ai jamais oublié !

Et si on se réappropriait notre espace ? Dans ce livre, un enfant côtoie un vieillard, ex taulard. Le vieil homme lui demande de délimiter le jardin en carrés de 1 mètre sur 1 mètre et de s’allonger 1 heure dans chacun, en observant la moindre chose.

Et s’il suffisait de changer de point de vue chez soi, bouger, déplacer ce meuble et rester à cette nouvelle place et observer. Ne serait-ce pas le meilleur moyen pour développer le sens de l’observation, changer de point de vue pour prendre conscience. Être confiné ne va pas à l’encontre d’une aventure intérieure révélatrice. Le confinement peut générer la créativité y compris en écriture.

Comment raconter le confinement dans un journal ?

Vous voulez savoir à quoi ressemble mon journal épisodique. Écoutez donc cet extrait du 21 avril 2020.

J’ai intitulé cet épisode : Village de voitures.

Après le confinement, on relit des mots confits ?

Essayons de nous projeter après la “libération” ! Relire le journal de confinement plusieurs semaines ou mois après par exemple. Quelle sera notre vision en tant que lecteur ou lectrice de notre  vie ?

À votre avis ?

Braves bêtes : animaux et handicap, même combat ?

La catégorisation des êtres vivants et le combat pour leurs droits aux États-Unis

D’emblée, dans cet essai datant de 2017, traduit en français en 2019, l’autrice américaine Sunaura Taylor nous parle de 2 notions essentielles pour aborder le handicap :

  • le validisme (système discriminant de valeurs liées au corps),
  • et le spécisme (supériorité de l’homme sur l’animal).

P 108 : » Le spécisme, c’est croire que les êtres humains sont supérieurs à tous les autres animaux et fermer les yeux sur nos pratiques et notre domination sous prétexte que nous, humains sommes au-dessus des animaux, tant sur un plan spirituel que biologique. ».

Il faut avoir ces notions en tête lors de la lecture de « Braves bêtes : Animaux et handicapés, même combat ? » pour appréhender les mécanismes de la hiérarchie des êtres vivants.

L’autrice est handicapée de naissance. Les déchets chimiques de l’armée américaine déposés à ciel ouvert dans son secteur d’habitation l’ont contaminée alors qu’elle n’était qu’un fœtus. Elle est atteinte d’arthogrypose, ce qui l’oblige à être en fauteuil.

S. Taylor a su très tôt que la lutte pour le droit des animaux était engagée. C’est une fois adulte qu’elle a su que la communauté des personnes handicapées avait ses figures de proue. Elle est devenue militante lors de ses études artistiques grâce à son projet sur le monde animal.

Dans quelle échelle de valeurs sont placés les animaux et les handicapés en Occident?

Fait surprenant, la population handicapée à l’échelle mondiale représente 15 à 20 %. C’est la plus grande minorité au monde.

Parallèlement, les animaux d’élevage sont en surpopulation sur la planète. S. Taylor nous décrit les conditions des élevages industriels aux États-Unis. Insoutenable ! Pourquoi parler de cette minorité silencieuse ? Tout simplement parce qu’on nie les droits de ces animaux, qui n’ont d’autre raison d’exister que de satisfaire notre alimentation. Les industries créent les conditions de souffrance et les situations de handicap à cause des conditions de vie et des objectifs de consommation destinés aux humains.

Les animaux sont des objets dont on nie la souffrance, la sensibilité même. On entrave leurs besoins les plus élémentaires. Le handicap chez ces animaux est très répandu. Et j’irai presque jusqu’à dire une seconde nature !

Que dire des animaux de laboratoire à qui on fait subir les pires horreurs, ou aux humains aux caractéristiques hors norme que l’on a exhibés dans des cirques, même au XXe siècle ! La différence permet de déclasser, réduire en esclavage, maltraiter, soustraire aux droits les plus élémentaires.

Le système américain est très inégalitaire et les structures pour personnes handicapées sont des organisations à but lucratif. Le validisme est très ancré aux États-Unis où les discriminations sont multiples. Le handicap y est considéré comme un problème d’ordre médical et non sociétal. Même les politiques de l’immigration reposent sur des critères de handicap.

C’est un problème culturel. En effet, au XIXe siècle, les anthropologues ne faisaient pas la différence entre les caractéristiques liées à la race et celles liées au handicap. Ils les confondaient.

A l’époque des populations ont été assimilées à des animaux (Amérindiens considérés comme des retardataires de l’évolution). On voit que les notions d’animalité et de handicap sont discriminantes.

S. Taylor parle d’anthropocentrisme, c’est-à-dire de la supériorité de l’Homme sur l’animal. Elle nous qualifie d’animaux par opposition aux animaux non humains (poule, éléphant, poissons..).

S. Taylor dit qu’il n’est pas possible de traiter le handicap et l’animalité en dehors des autres catégories. Elle souhaite qu’un système global inclusif remette ces communautés sur le même pied d’égalité en matière de droits.

L’autrice a grandi dans une famille progressiste et militante qui l’a acceptée avec son handicap dès le départ. Ils refusent de manger de la viande.

L’éthique pour les handicapés et les animaux, cause commune ?

Pour elle, le combat éthique pour le droit des animaux et le droit des personnes handicapées est le même. Peter Singer, un philosophe et professeur de bioéthique (auteur du livre La libération animale) parle d’ “égalité de considération“, mais pas d’égalité de traitements ni de droits. Ce qui compte, pour lui et d‘autres, ce sont les facultés pertinentes d’un point de vue moral (comme la rationalité). Philosophiquement et juridiquement, les aptitudes mentales servent à faire la différence entre qui est une personne et qui ne l’est pas, d’où le principe de déshumanisation.

L’autrice s’oppose aux arguments de Singer qu’elle a d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer. Pour elle, les animaux sont capables d’éprouver des sentiments, d’avoir une vie sociale, d’élaborer des stratégies, de transmettre… Pour elle, le critère de rationalité censé décider de qui est une personne est erroné.

Quant aux humains, il faudrait considérer leur rythme singulier, leur vécu et leurs facultés propres. S. Taylor estime que le handicap est une richesse, une manière d’explorer la créativité et d’être inventif au quotidien.

Je cite un extrait très révélateur du spécisme et du validisme (de Cathryn Bailey, intellectuelle féministe) :

« Le problème ce n’est pas la raison en elle-même, mais le fait qu’elle ait été placée sur un piédestal, au-dessus des émotions, des sensations et des autres façons de savoir et d’être. Cette définition de la raison est un héritage du patriarcat, de l’impérialisme, du racisme, du système des classes, du validisme, et de l’anthropocentrisme – autant d’oppressions qu’elle porte trop souvent. »

L’interdépendance entre les êtres vivants, la solution à l’intégration des handicapés et des animaux dans la société

L’autrice termine son essai en parlant d’interdépendances entre les espèces en incluant également l’environnement. Les personnes handicapées prônent l’autonomie, l’interdépendance. On pourrait utiliser le terme d’inclusion aussi.

Le combat pour les droits des animaux et des personnes handicapées est le même d’après d’elle. Elle regrette que le débat sur l’éthique animale soit entaché de sexisme et de racisme (catégorisation des humains).

Autre problème, l’utilisation d’animaux pour des tests médicamenteux pour soigner des maladies, mais aussi pallier des handicaps. C’est d’autant plus contradictoire que l’élevage industriel est hyper polluant :

  • industrie très gourmande en eau, nappes phréatiques polluées par les rejets des industries,
  • rejet considérable dans l’air de méthane par les bovins,
  • déforestation pour planter des céréales qui nourriront les animaux,
  • soins médicamenteux qui rendent malades les humains.

Mon avis sur Braves bêtes : Animaux et handicapés, même combat ? 

Cet essai bouscule les consciences et pose les bases d’une réflexion nécessaire pour une éthique du vivant : englober tous les êtres vivants valides et handicapés dans un même système qui reconnaît leurs valeurs propres, leurs besoins. Il s’agit d’accepter que la planète regroupe des entités interdépendantes. Il faudrait agir en tenant compte de toutes à la fois. Sinon, l’écosystème entre les êtres vivants est déséquilibré et génère de la souffrance. L’intérêt de tous au lieu de l’intérêt de quelques-uns, c’est effacer la notion de minorités.

C’est un long combat éthique qui a commencé il y a des dizaines d’années. La crise sanitaire du covid-19 donne encore plus matière à réfléchir à toutes ces notions d’interdépendance, d’exploitation des animaux, d’environnement, d’éthique pour les êtres vivants, quels qu’ils soient.

Ce livre est parfois d’un niveau de lecture élevé, quand il s’agit d’aborder des notions théoriques. Il alterne avec des passages plus accessibles, notamment sur le vécu de l’autrice :

  • son enfance et la perception de son handicap par elle-même et les autres,
  • sa vie d’artiste et les parades techniques utilisées pour créer,
  • ses contraintes physiques à cause de l’arthrogrypose,
  • sa vie avec son chien d’assistance Bailey qui a fini sa vie avec un handicap.

femmes et littérature

Femmes et littérature

Le pouvoir des femmes en littérature

 

La journée de la femme est célébrée le 8 mars, c’est acquis ! Encore faudrait-il que ce ne soit pas qu’un symbole.

Cet événement planétaire prend ses racines dans la lutte ouvrière européenne du début du XXe siècle.

La journée internationale des femmes est instaurée en 1913 et 1914 en Russie. Le 8 mars 1917, des manifestations d’ouvrières bolchéviques lancent un mouvement qui sera dès lors reconduit.

Le 8 mars sera désormais un moyen d’intégrer les femmes dans la lutte du mouvement communiste. Après 1945, cette date devient par extension un rendez-vous socialiste. Le 8 mars devient définitivement la journée internationale des femmes.

De plus en plus de représentantes du sexe féminin s’émancipent et portent leur voix dans la société civile.

Les femmes qui s’expriment en littérature, par le biais de documentaires ou de fictions prennent part à ce mouvement.

Pour moi, être une femme et une lectrice me permet de participer à ce mouvement d’éducation et de défense des libertés pour les femmes.

Comment ? En partageant mes points de vue et en transmettant mes suggestions de lectures, notamment d’autrices, bien sûr ! C’est un acte féministe !

Parmi mes choix littéraires de lectrice, voici quelques écrivaine·s de livres documentaires qui ont défendu la place des femmes dans l’histoire et la cause féminine.

Ma lecture de l’essai de l’autrice Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes en est la démonstration.

Bien avant, j’avais pu lire XY, de l’identité masculine d’Élisabeth Badinter.

Enfin, j’ai eu l’occasion de lire Le colloque Histoire des femmes de Georges Duby (lecture universitaire qui fait suite au livre L’histoire des femmes en Occident).

Ces lectures ont contribué à me donner une vision moderne de la femme.

Mais dans la littérature de fiction, et notamment les romans et nouvelles, de beaux portraits de femmes parfois héroïques nous fascinent.

 

Ma sélection d’héroïnes littéraires

 

Les personnages littéraires de sexe féminin ne manquent pas dans les romans et nouvelles.

Des figures emblématiques féminines se rappellent à mon souvenir. Mettre en avant des femmes dans la littérature est une source de visibilité et de connaissance, voire de résistance !

Voici ma sélection de 3 livres mettant à l’honneur les personnages de genre féminin. 

 

Dagny Taggart, l’héroïne du roman La grève

 

Le dernier personnage féminin qui m’a marquée est Dagny Taggart dans La grève, un roman titanesque de 1300 pages (Ayn Rand, Editions Les belles Lettres).

Je n’avais pas l’intention au départ de lire ce pavé par manque de temps ! Mais j’ai été hypnotisée par l’histoire, les personnages, notamment Dagny, une des rares femmes et la maîtrise de l’écriture par l’autrice. Et oui, j’ai bien dit l’autrice et elle a toute mon admiration !

Dagny donc, est une petite fille née dans une famille d’industriels des chemins de fer. Elle est la descendante d’un propriétaire de compagnie de chemin de fer aux États-Unis, début XXe siècle.

Cette héroïne littéraire, Dagny est amenée après des études à diriger une branche de la compagnie. Son frère est aux manettes générales. Ils s’opposent tous les deux : lui faible et comploteur, elle, forte et clairvoyante. Ils ne cesseront de s’opposer au sein de la compagnie.

Alors que le pays est en proie à une débâcle économique, sociale et politique, la jeune et brillante Dagny va se battre contre la hiérarchie masculine, les préjugés, le pouvoir politique, et même une rivale. Mais elle tient bon en héroïne victorieuse des épreuves, telle une déesse de la mythologie.

Cette figure féminine idéaliste aura un destin hors norme :

  • en tant que cheffe d’entreprise,
  • bâtisseuse d’une nouvelle société,
  • par le biais de ses amours exclusives avec des hommes d’exception.

L’enjeu du roman consiste à résister à l’arrêt de l’économie et à la fuite des cerveaux. Cette fuite de la main d’œuvre, des chefs d’entreprise, des outils de travail est en fait organisée par un homme, visionnaire, un sauveur qui souhaite reconstruire une société égalitaire.

Notre héroïne Dagny rejoindra l’élite qu’il a formée et détournée de la vie civile. Ils ont rejoint un cercle perdu dans les montagnes, une espèce d’Atlantide (mythe du continent englouti). Dans la résistance qu’ils organisent, le personnage féminin de Dagny est un élément clé.

Elle incarne la femme indépendante, belle, incorruptible, intelligente et à la destinée hors du commun. Un mythe ! L’autrice n’a pas donné à cette héroïne romanesque le pouvoir d’être mère. Elle est carriériste, mais n’oublie pas d’aimer : elle tombe amoureuse de 2 personnages masculins aussi héroïques qu’elle.

D’un bout à l’autre du roman La grève, cette héroïne idéaliste mène la danse. On peut l’assimiler aux déesses de la guerre Athéna et Minerve.

 

Frasquita, le personnage principal de Cœur cousu de Carole Martinez

 

Voici pour moi un chef-d’œuvre littéraire (Gallimard, 2007) ! À la fois conte, fable, livre-monde, ce roman écrit par une femme, est une ode aux femmes justement.

Il s’agit là d’une saga familiale se déroulant en Espagne. C’est la fille cadette de Frasquita qui raconte cette épopée fantastique.

Frasquita comme ses aïeules reçoit un don de couturière. Or, ce qu’elle coud prend vie ou redonne vie. Elle accomplit ainsi des miracles. Elle incarne donc forcément une sorcière, une magicienne ! On rejoint l’essai Sorcières que j’ai cité plus haut.

C’est à travers cette femme et toute sa descendance que la condition du sexe faible est abordée :

  • l’éducation,
  • le mariage,
  • l’amour maternel,
  • la transmission de mère à filles,
  • le destin,
  • la place des femmes dans la société…

Un roman complet et sublime où la Femme est l’héroïne de la condition humaine.

Je voudrais ici vous citer un passage très expressif :

«  Du temps souffla sur le mur gribouillé, sur les petits meurtris, sur la poussière muette des ruelles. Du temps s’échappa.

Une éternité de soleil dru.

Et Frasquita Carasco sortir à son tour dans la rue, face aux enfants.

Ses cheveux soigneusement ramenés sur un chignon bas et rond. Elle parut belle comme une jeune morte.

Ils ne la reconnurent pas d’abord. Ils ne virent que l’éclat des mille roses du tissu qui paraient son corsage.

Son cou, ses épaules, son visage s’échappaient en bouquet de fleurs aux pétales durs et soyeux. Elle resta un long moment muette dans une splendeur de noces, comme sculptée dans un matériau mixte : marbre, peau et tissu, chair de fleur et de femmes mêlées. »

Qui peut rester insensible face à cette écriture et ce portrait de femme ?

 

Les femmes dans Trop de bonheur de l’autrice Alice Munro

 

Dans ce recueil de nouvelles paru aux Editions de L’Olivier en 2009, les femmes sont mises à l’honneur.

Il n’y a pas ici une femme type, mais une multitude de personnages féminins. Ces femmes incarnent souvent des destins malheureux et ballottés, en rupture. Elles sont tantôt victimes, tantôt bourreaux.

Ces histoires sont sans concessions et puissantes. Elles mettent à mal autant les hommes que les femmes et, en un sens, les femmes retrouvent ici une espèce de parité.

C’est un des meilleurs ouvrages que j’ai lus de l’écrivaine et nouvelliste Alice Munro. Elle fut couronnée par le Prix Nobel de littérature en 2013.

Je suis sûre que vous avez vos références en matière d’écrivaines féministes. N’hésitez pas à laisser un commentaire à ce sujet !

Bokko, Chan

Lire des nouvelles à l’ère du numérique

La durée de vie des contenus sur les réseaux sociaux, c’est :

  • un tweet, durée de vie, 21 minutes environ,
  • une story Facebook, durée 1 journée,
  • une vidéo sur Tik Tok, durée 1 minute…

Le temps d’attention ne cesse de diminuer. Il faut choisir entre les différents formats  et les multiples propositions de contenus. La littérature suit-elle ce mouvement ou s’inscrit-elle dans l’intemporalité ?

Si l’on en croit le succès des haïkus, de la poésie, des citations dans les publications de réseaux sociaux, le format court de la nouvelle a tout pour perdurer. On voit même des micronouvelles sur Twitter !

La nouvelle, un genre littéraire mineur en France

Le principe de la nouvelle, c’est :

  • un court récit avec une intrigue principale,
  • peu de personnages,
  • une chute.

La nouvelle une bonne alternative pour les temps de pause, de transports en communs, les vacances, mais pas seulement !!! Si l’on en croit les réseaux numériques et les discussions, les signes vont dans ce sens.

Le site de Short Edition met en avant les formats courts et très très courts de littérature. Si vous aimez lire des nouvelles, vous y trouverez probablement votre bonheur. J’y ai publié quelques récits (poésie, nouvelles).

Pour avoir accès à une bibliographie de nouvelles d’auteurs classiques et contemporains du XVIeme au XXIe siècle, découvrez le site sencritique

De grands romanciers français ont tenté l’expérience de la nouvelle. Mais ce sont dans les pays anglo-saxons que ce genre a acquis toutes ses lettres de noblesse.

Et le Japon a ses auteurs de nouvelles à lire aussi ! J’ai pu découvrir qu’un auteur reconnu pour ses micronouvelles avait produit plusieurs milliers de récits teintés de science-fiction. Il s’agit de Shinichi Hoshi (1926-1997).

Des nouvelles à lire venant du Japon

Shinichi Hoshi n’est pas encore connu en France. Ça pourrait changer ! Avec le recueil de micronouvelles Bokko Chan, l’auteur japonais est révélé grâce aux Editions Omaké Books. Le titre est le nom d’une nouvelle issue de ce recueil de 50 récits courts (short-short).

Cet auteur de micronouvelles doit son succès dans son pays (Japon) à ses romans policiers, ses polars et ses milliers de micronouvelles.

Leurs caractéristiques résident dans leur genre, en grande partie la science-fiction. Leur chute est souvent insolite.

L’auteur met en scène les humains en les tournant en dérision. L’humour est omniprésent. C’est autant plaisant que grisant.

Parfois, le sujet est grinçant comme dans Le ministère qui fait penser à une espèce de Big Brother (référence à 1984 de Georges Orwell). Ici le ministère du développement social durable est chargé de faire un nettoyage démographique. Sauf qu’un employé du ministère en est victime !

Bokko Chan est le récit d’un robot humanoïde féminin, dont l’usage est surprenant ! Imaginez un robot féminin aguicheur dans un bar, près du comptoir…

Le partis pris de l’auteur est d’attribuer un usage insolite pour un robot. Le créateur du robot, le tenancier, utilise astucieusement le robot pour récupérer l’alcool que lui servent les hommes qui tentent de séduire Bokko Chan. Jusqu’à quand ce manège peut-il durer ?

La nouvelle Les papillons en hiver met l’accent sur notre dépendance aux nouvelles technologies et à l’électricité. C’est tellement d’actualité ! Un couple évolue dans sa demeure lors d’une journée d’hiver. Tout est automatisé dans leur quotidien. Des caméras sont reliées à des dispositifs de réalité virtuelle.

Subitement, une panne d’électricité survient… Le couple possède un singe comme animal domestique. Qui va le mieux s’adapter à cette situation de panne générale à votre avis ?

Les papillons en hiver est un de mes coups de cœur. C’est quasiment un traitement sociologique de notre société contemporaine. Cette nouvelle comme toutes les autres a une portée universelle. Elles peuvent se lire à travers le prisme de tous les pays connectés et modernes.

Le nouvelliste Shinichi Hoshi a produit un petit bijou, Le dernier homme sur terre. Cette nouvelle clôt le recueil avec panache ! Cela pourrait être une vision du futur de l’humanité. La surpopulation, le manque d’espaces, la baisse de la natalité, la vie en société sont les thèmes abordés.

Que se passerait-il si l’humanité décroissait au point qu’un seul homme et une seule femme subsiste sur Terre ? Excellent nouvelle qui aborde l’évolution de l’espèce.

Les thèmes développés par le nouvelliste Shinichi Hoshi sont très actuels et philosophiques !

Ce qui caractérise le recueil, c’est :

  • la quasi absence de nom pour les personnages,
  • la minorité de personnages féminins,
  • des ingrédients de science-fiction,
  • l’humour potache,
  • des nouvelles visionnaires.

Ce recueil de nouvelles pourrait être suivi dans les années à venir, selon l’éditeur, par d’autres traductions. Je les découvrirai avec grand plaisir.

Mon expérience d’auteur de nouvelles

La nouvelle est un genre que j’apprécie de lire pour son instantanéité et sa vivacité. J’ai pu moi-même en écrire quelques-unes. Je suis l’autrice de Sardineland qui aurait peut-être plu à Shinichi Hoshi. Qui sait ?

Cette nouvelle à lire contient un sujet social et une orientation de science-fiction, comme c’est souvent le cas chez l’auteur japonais.

On y voit des chaînes de production en usine se rebeller contre leur condition. Tout ça se déroule sur fond de lutte sociale.

Je vous invite à lire cette nouvelle et à me laisser un commentaire si vous le souhaitez !

Les heures et Johannesburg, deux romans

L’héritage littéraire de Virginia Woolf

L’héritage littéraire de Virginia Woolf

 

Que reste-t-il de cette femme de lettres anglaise, romancière, nouvelliste, conférencière  ?

J’ai eu l’occasion de relire le roman Les heures de Michael Cunningham (1999), directement inspiré de la vie et l’œuvre de Virginia Woolf.

Les heures est construit sur une imbrication de 3 personnages féminins.

Le premier se nomme Virginia Woolf. Il est directement inspiré de la romancière. Elle est ici en retrait de Londres avec son mari léonard. Elle y est surveillée comme l’huile sur le feu en raison de ses délires et de sa santé fragile. Elle tente de poursuivre son œuvre littéraire.

Après une visite de sa sœur Vanessa et de ses enfants, elle prend subitement la route de Londres dans l’espoir de s’échapper. Peine perdue puisque Léonard la retrouve. Elle arrive à le convaincre après cet incident de revenir vivre à Londres où le tourbillon de la vie lui manque.

Le deuxième personnage est Mrs Dalloway, en réalité une transposition du personnage de roman écrit par Woolf. Elle vit à New York, proche d’un écrivain malade qu’elle a aimé. Celui-ci vient de recevoir un prix. Devant l’insupportable déchéance qu’il subit, il finit par se suicider chez lui devant les yeux de Mrs Dalloway.

Mrs Daloway vit avec Sally et a une fille adulte Julia.

Et puis nous avons Laura Brown, une jeune femme vivant à Los Angeles à la fin du XXIe siècle. . Elle est mariée, mère d’un petit garçon et enceinte. On sent son malaise profond à l’idée d’être mère, épouse.

Elle est en proie aux tourments parce qu’elle est attirée par une jeune femme, Kitty. Son seul désir est de lire le roman Mrs Dalloway et de fuir la réalité.

Le roman est une alternance entre ces 3 voix féminines. La construction en gigogne crée un effet de miroir entre les préoccupations de ces femmes. La mort, le suicide, la féminité, le mariage, l’homosexualité sont des thèmes récurrents qui unissent ces destins.

Ces thèmes ont interrogé Virginia Woolf dans son œuvre et sa vie.

La fin spectaculaire relie les 3 histoires. La fiction dans la fiction est maîtrisée avec maestria par Cunningham. La finesse de ce roman réside aussi dans la psychologie des personnages et une vision de la femme à diverses époques et sociétés.

C’est cela l’héritage de Woolf :

  • l’engagement de la femme dans une carrière professionnelle,
  • l’accomplissement du destin de la femme indépendamment de tout acte marital,
  • la femme face à ses choix d’être mère,
  • la sexualité assumée.

 

L’héritage de Virginia Woolf en 2020

 

Et puis, en ce début d’année 2020 j’ai eu le plaisir de découvrir Johannesburg écrit par Fiona Melrose (Afrique du Sud) aux Éditions La Table Ronde. Le personnage principal est une incarnation de Virginia Woolf dont l’auteur se réclame. Elle est artiste, libre, sans enfants, tourmentée.

Gin donc, est surnommée ainsi en fonction de sa grand-tante du même prénom, elle-même écrivaine. Celle-ci s’est suicidée à 80 ans dans l’océan. Or, la vraie Virginia Woolf s’est suicidée dans une rivière, on le sait.

La relève est là assurément, d’un point de vue du féminisme, du style d’écriture, de la psychologie des personnages et de la poésie même.

 

Johannesburg de Fiona Melrose, roman

 

3 personnages se réveillent tôt, dérangées par le bruit de l’orage. September, un clochard, Gin (Virginia Brandt) de retour au bercail pour les 80 ans de sa mère et Mercy l’employée de maison.

On est à Johannesburg, Afrique du Sud, en hiver et à quelques semaines de Noël. Le roman est basé sur une journée et se construit sur les heures successives de cette journée. Je sais dès les premières pages que ce livre va me séduire entièrement. Fiona Melrose sait parfaitement instiller une ambiance.

C’est un jour très particulier qui voit enfler une rumeur : la mort de Mandela. Mandela est qualifié de boussole morale. Est-il déjà mort ? September est persuadé que oui, depuis des mois.

Gin s’appelle Virginia comme sa tante qui était écrivaine. Celle-ci avait une certaine notoriété et s’est suicidée dans l’océan à l’âge de 80 ans.

Gin est peintre. Elle vit à New York. Elle a fui étant jeune adulte pour se réaliser et échapper à la désapprobation de sa mère qui ne la comprend pas. Elle a laissé son amoureux Peter, trop fragile pour la soutenir.

« Elle laissa ses cheveux mouillés, formant de longs serpents brûlés, dégoulinants de venin sur son dos et ses bras » (p. 21).

Neve la mère de Gin ne veut pas de la fête d’anniversaire. Elle est en conflit avec sa fille. Son retour lui pèse. Elle parle de Virginia, sa tante, qui s’est suicidée dans l’océan. Ce sont les fantômes de l’océan qui lui dictaient ses histoires.

Neve a souffert dans sa chair suite à une maladie où, ni son mari, ni sa fille, n’ont été un soutien moral. Son seul lien affectif était son chien.

Neve parle de la lignée de femmes au-delà de Gin, de leurs destins réussis, avec des carrières. C’est un hommage au féminisme encore !

Gin a des éclairs de lucidité effrayants sur le monde, sur la vie. Elle se dit qu’elle n’aurait pas dû venir.

Dans la matinée, alors que sa mère refuse de la voir, Gin sort faire les courses pour la soirée d’anniversaire de sa mère. Elle est oppressée par la ville, les mendiants. Son unique but est d’organiser cette fête qui est si loin de ses conventions à elle.

« Je n’y arriverais pas. Mais après tout qu’est ce que ça peut faire ? Une fête au moment où le monde commence à s’écrouler et/ou les bébés sont gazés dans leur sommeil » (p. 127).

Elle va tenter de faire plaisir à sa mère malgré tout. Elle n’est pas ce qu’on attend d’elle, ni en tant que fille, ni en tant que femme et relation amoureuse. L’état de dépendance dans une relation amoureuse lui enlève sa raison d’être.

« Elle était sans amarres, une étoile affranchie de la pesanteur, de toute orbite, n’ayant plus sa place dans aucune constellation » (p. 64).

Gin est forte et fragile à la fois parce qu’elle souffre, mais sait ce dont elle a besoin et qui elle est.

« Elle ne doutait pas qu’un jour ou l’autre, dans cet effort constant pour s’agripper à la vie, elle trébucherait et ferait une chute mortelle. Ce serait elle qui choisirait. Qui prendrait les devants. Elle n’était pas du genre à rester assise à réfléchir d’une manière sentimentale. Elle avait l’esprit en acier trempé » (p. 180).

Fiona Melrose place des phrases en italique à la fin des paragraphes, soit les pensées des personnages, soit des incantations. On pourrait parler de voix comme celles qu’entendait Virginia Woolf.

Peter, l’ancien flirt de Gin est devenu avocat. Sa vie personnelle est un fiasco.

Il a défendu les intérêts des industries minières. Celles-là mêmes qui ont conduit à une bavure lors d’une grève où September, issu d’une ethnie, a perdu l’usage d’une partie de son visage.

Il était déjà difforme puisque bossu. September rôde chaque jour sur le parvis du Diamond, siège des industries minières avec une pancarte et vit en marge. Il subsiste grâce à sa sœur Duduzile.

L’écriture est sensuelle et photographique. Tout le long du roman, il y a une tension qui habite les personnages, la ville, les visiteurs de la résidence Mandela. Johannesburg est un personnage à part entière.

« Car c’était ça Johannesburg : le commerce était le nouveau colonisateur, et tout ce qui existait avant était déprécié et éliminé » (p. 18).

« La ville entière était un accident mortel » (p.70).

Mais on trouve aussi dans l’écriture de Fiona Melrose, par moments, une dureté, une lucidité brusque :

« Une réception ou les formes entières, les têtes, les queues, les pieds sont disposés sur un plateau n’est plus du tout une réception, mais une autopsie » (p. 102).

 

Mon avis sur Johannesburg de Fiona Melrose

 

Ce roman est dramatique. C’est la fin d’un cycle individuellement et collectivement. Le parallèle est fait avec la mort de Nelson Mandela, le père de la nation. La mort de September est mauvais signe. On devine à la fin du roman que Peter va changer de vie et défendre d’autres intérêts que les dirigeants de la mine. Soignera-t-il enfin sa blessure suite au départ de Gin, 20 ans plus tôt ?

Les pales d’hélicoptères constants, l’orage qu’on attend, le chien de Neve qui a disparu, Neve qui part dangereusement dans la ville, la ville menaçante, tout est sujet à angoisse. Le paroxysme arrive quand l’orage éclate.

Même les personnages secondaires prennent une autre direction, comme Richard qui travaille avec Peter ou Duduzile qui décide de retourner dans sa région d’origine après la mort de son frère, September.

J’ai voyagé dans Johannesburg, j’ai senti le soleil sur ma peau, le manque d’air, vu les quartiers barricadés de maisons opulentes, observé le Diamond (quartier d’affaires). J’ai voyagé plus loin que n’importe quel guide, menée par l’esprit zoulou, entendant l’océan saturé de voix, guidée par l’odeur des frangipaniers.

La fin du roman est un chant d’espoir, d’humanité. Gin est en vie, souhaite vivre, vibre et éprouve de la gratitude, me semble-t-il.

Écrire avec des jeux de mots

Jeux de mots, mots à jouer, exercices d’écriture

Cet article de blog sera consacré aux trésors de la langue française et à mes inventions littéraires. Je parlerai ici de jeux de mots essentiellement. On peut réciter, slamer, chanter, déclamer ces constructions imagées de mots.

 

Trésors du langage, le livre

Suite à la lecture du livre découvert par hasard, Trésors du langage de Anne-Matie Grosser aux Editions Lugdivines, j’ai eu l’idée d’écrire cet article. Il me permet de lier mes derniers poèmes et ces ressources de jeux littéraires  ! Heureux hasard que voilà !

La langue française est un trésor. Ça, je le savais ! La lecture de cet ouvrage me l’a rappelé.

Il détaille les usages amusants des mots à travers les siècles passés. J’en connaissais un certain nombre :

  • palindrome,
  • anagramme,
  • charade,
  • calembour.

J’ai découvert des formes de jeux du langage amusantes ou obscures qui sont passées aux oubliettes :

  • virelangue (succession de mots avec 1 ou 2 consonnes communes et aux sonorités proches),
  • randonnée (textes énumératifs récités lors de randonnée),
  • parlure (langage spécifique à un milieu et seul compréhensible par celui-ci).

Qu’ils sont étonnants ces jeux de mots. C’est tout un programme !

Certains jeux de langage sont complexes et recherchés. On ne s’ennuyait pas dans les veillées autrefois !

Ces jeux ont fait la richesse de la transmission orale. De quoi m’inspirer mais dans l’ecriture cette fois… Quel paradoxe avec notre XXIè siècle où l’on passe beaucoup de temps sur les écrans sans parler ni oraliser.

Quoique ! L’engouement pour les podcasts, les vidéos, la recherche vocale sur les moteurs de recherche… me ferait presque mentir ! Mais c’est un autre sujet…

 

S’approprier des mots dans des poèmes surréalistes

Donc, jouer avec les mots, c’est faire preuve de créativité. Trouver du temps à soi afin de s’exprimer. Cela conduira parfois à extérioriser des peurs. C’est un moyen de transmission culturelle aussi.

Pourquoi ai-je lu ce livre ?

J’aime jouer avec les mots, leur sonorité, leur homophonie (même son), leur homographie (même orthographie et sonorité mais sens différent). En dehors du fait que j’aime écrire des histoires, les poèmes avec des jeux de mots ou la création d’expression me permettent d’explorer mon imaginaire débordant.

C’était donc un moyen d’ouvrir de nouvelles voies pour écrire dans le futur.

 

Ubiquité, équité, un poeme philosophique

J’ai inventé un poème à partir d’un mot et de sa sonorité : ubiquité. Deux «i», deux «u, un mot long, sécable, prometteur.

Un substantif final ferme le poème : équité. On trouve la même sonorité et une résonance dans la thématique de ces paroles.

Le défi que je me suis lancé : décliner des mots à partir d’ubiquité. Un mot pouvant donner plusieurs mots en suivant. La déclinaison doit m’amener au mot final, équité. Entre les lignes de ce poeme surréaliste, on peut y deviner une histoire selon son imagination.

Pour moi, dans ce poeme, il y a un écho entre ubiquité et équité, presque une ouverture philosophique :

  • être partout à la fois,
  • être dans les mêmes conditions d’accès.

Dans ce poème, je me suis permis d’écrire un vers qui constitue une phrase, la seule. Mis à part ça, je n’ai décidé d’aucune contrainte dans l’utilisation des mots (pronoms, substantifs, verbes, adjectifs…).

J’ai écrit 2 autres poèmes surréalistes à partir des mots s’exprimer, s’imprimer. Il s’agit de 2 versions du même texte.

 

Le travail d’écriture

Si cet article sur les jeux de mots vous inspire, n’hésitez pas à laisser un commentaire.

Si écrire pour exister est votre philosophie, alors vous inventez peut-être vos propres règles de jeux de mots et de langage.

La démarche d’écriture est intimiste. Rendre publics ses textes est une autre aventure. J’ai franchi le passage des mots !

La communication numérique me permet d’être lisible sur un certain nombre de supports !

 

Femme et sorcellerie

Chronique de Sorcières, la puissance invaincue des femmes/Mona Chollet/Essai/Zones

Sorcières, la puissance invaincue des femmes, chronique d’une lecture saisissante !

C’est le 1er livre de l’éditeur que je lis. L’éloge qui en a été fait sur Instagram, dans la communauté Bookstagram, m’a donné envie de le lire pour 2 raisons :

  • La condition féminine est un sujet qui me passionne.
  • Je voulais en savoir plus sur le contexte de la sorcellerie.

Mona Chollet nous permet de replacer les chasses aux sorcières dans leur contexte historique.

Que reproche t-on à ces sorcières ?

  • d’être des femmes.
  • d’être âgées,
  • d’être dotées de connaissances,
  • d’être des personnes soumises au pouvoir du diable et de s’accoupler avec lui.

Balivernes dirait-on aujourd’hui ! Obscurantisme ! Et pourtant, des dizaines de milliers de femmes, ont été massacrées. Il y eut quelques hommes, mais très peu.

Les femmes sont donc perçues comme des êtres faibles, manipulatrices, gênantes… S’il le faut le prétexte de la sorcellerie sera brandi pour les éliminer.

Sous couvert d’arguments malhonnêtes, elles sont des boucs émissaires d’après Mona Chollet.

Victimes d’une propagande amplifiée par l’arrivée de l’imprimerie, soutenue par l’Église et les classes sociales aisées, elles ont subi une barbarie insoutenable. Mais le sexe, dit faible, a survécu n’en déplaise aux historiens qui ont minimisé la gravité des faits.

Mona Chollet, qui est journaliste, remonte le fil du temps, du XVIe siècle où les chasses aux sorcières ont eu lieu en Europe de l’Ouest, jusqu’à aujourd’hui.

L’introduction du livre est consacrée au gynécide (terme employé dans le livre pour parler du génocide subi par les femmes) des XVIe et XVIIe siècles. La lecture est douloureuse. L’autrice parcourt ensuite l’évolution de la condition féminine au cours des siècles suivants. Elle cite notamment sa vie en exemple, son absence d’enfants, son vécu avec la médecine. Le propos est de dire que tout est reproché aux femmes :

  • la non-maternité,
  • l’absence de mariage,
  • l’accès aux études,
  • la concurrence dans le travail,
  • la vieillesse…

Mon ressenti sur cet essai : Sorcières, la puissance invaincue des femmes

Cet essai est très instructif. Il est difficile de rester insensible, surtout en tant que femme. J’ai véritablement pris conscience de l’ampleur du phénomène des chasses aux sorcières. Mona Chollet rétablit une vérité historique et fait prendre conscience de toutes les formes de violences faites aux femmes (potentiellement des sorcières) , y compris aujourd’hui.

Leur corps est bien trop souvent nié, manipulé, leurs choix sont critiqués, ridiculisés, leurs émotions sont tournées en dérision.

Cet essai est un cri qui veut dire, rendez-nous notre liberté

Lexique de Sorcières, la puissance invaincue des femmes

J’apprécie toujours d’apprendre des mots et d’enrichir mon vocabulaire lors de mes lectures. J’ai collecté ces définitions : 

  • déréalisée : niée,
  • nullipare ; qui n’a pas eu d’enfants,
  • gynécide  : génocide subi par les femmes,
  • parturition : accouchement,
  • scoptophilie : pulsion sexuelle qui consiste à posséder quelqu’un par le regard,
  • essentialisme : courant philosophique qui considère que les essences précèdent l’existence.

Mon top 10 littérature Jeunesse 2019

Mon top 10 lectures Jeunesse 2019

Cette année 2019 a été marquée par des lectures attendues, mais aussi des surprises.

Babelio a été un partenaire de lecture formidable ! Je remercie les organisateurs ainsi que les éditeurs associés aux opérations Masse critique. D’autres lectures sont venues compléter mes découvertes avec, souvent, beaucoup de bonheur.

Déclinaison de livres en BD

Étrangement, est-ce le hasard, 4 livres se font écho. Je parlerai d’eux en premier.

Haïkus de Sibérie de Jurga Vile Aux Editions Sarbacane est un roman graphique. La Grande Guerre 1940 – 1945, mais vu d’un autre point de vue que celui, habituel, occidental. On parle ici de Lituaniens déportés en camps en Sibérie. C’est l’histoire du grand-père de l’autrice (Algis) et de sa famille.

Algis et les siens s’inventent une vie dans leur camp et créent des situations drôles où la moindre petite chose maintient l’espoir. On trouve ainsi une recette de confiture, le mode d’emploi des origami par Petronelle, la tante d’Algis, férue de culture japonaise, des haïkus. Et pourquoi pas une chorale tant qu’on y est, menée par l’institutrice ?! Et bien oui, la maîtresse d’Algis qui est de l’aventure, en crée une.

La pudeur et la délicatesse des situations masquent la dureté de la vie dans le camp et les horreurs vécues. Certains enfants reviendront par un train affrété, mais pas tous.

Ce roman graphique est porté par sa poésie, sa retenue et les situations cocasses. Il n’est pas totalement autobiographique précise l’auteur.

Les illustrations dans des tons sépia magnifient les scènes et les personnages et leurs visages.

Ce livre est très similaire dans le fonds à la BD C’est aujourd’hui dimanche de Mary Aulne aux Éditions Les enfants rouges.

J’y vois 3 points
communs :

📚 Les camps non destinés de prime abord à des personnes de confession juive,

📚 l’inspiration de faits réels

📚 Le mode de survie en mode monde imaginaire.

Ici, C’est Hélène et sa mère, Polonaises qui sont arrêtées dans la France libre pour être conduites dans un camp de Brens (81). Particularité, il n’y a dans ce camp que des femmes et des enfants. La résistance donc se fait en préservant des moments de vie culturelle.

Les parties relatives à des faits documentés sont en noir et blanc alors que la partie narrative est en couleur. Hélène et sa mère auront la vie sauve. Hélène qui a été préservée par la réalité du camp n’a que peu de souvenirs du camp.

2e livres « jumeaux » et également des BD : L’arbre qui grandit dans mon mur de Lourdes Navarro chez Ankama et Les fleurs de grand frère de Gaëlle Geniller aux Éditions Delcourt.

Les deux BD traitent
de problèmes d’adolescents.

Dans Le 1er, l’adolescent voit un jour une pousse sortir du mur de sa chambre. Il n’est pas à l’aise à l’école et puis surtout ses parents se disputent souvent. Au fur et à mesure que le malaise grandit, le végétal devient un arbuste, puis un arbre qui envahit la chambre. Les illustrations sont de type aquarelle.

Le 2e, Les fleurs de grand frère relate la vie d’un jeune garçon qui voit des branches de végétaux lui pousser sur la tête.

Cette BD est extrêmement délicate et aborde un sujet qui concerne ici un préadolescent : la différence à un moment où il “se cherche”.

Cette préoccupation se manifeste par la venue de pousses de fleurs dans sa chevelure. Ses parents, son frère, sa grand-mère même, acceptent cette situation avec tendresse et complicité.

On traverse les saisons et le garçon apprivoise ses fleurs et communique avec elles. Ils les protègent aussi. Elles sont sans doute là pour le rassurer, l’aider à passer un cap. Les illustrations sont délicates, avec des couleurs douces. C’est très une belle réussite qui ne laisse pas insensible.

Mon best of albums et documentaire 2019

Avec toi de Pauline Delabroy-Allard chez Thierry Magnier.

L’album le plus tendre que j’ai lu cette année. À la fois simple et tendre, il est tout simplement d’une justesse incroyable. Il relate la relation d’une petite fille et de sa maman, les moments rien qu’à elle. Un tel bonheur transpire de ces pages !

Une super
histoire de cow-boy de Delphine Perret, Éditions les fourmis rouges.

Cet album est délicieux. L’autrice a pris le parti de raconter une histoire de cow-boy en étant décalée dans l’histoire et les illustrations. C’est l’histoire d’une histoire bis !

Un cow-boy, c’est méchant, ça fait peur… Elle déconstruit le mythe en inventant un nouveau personnage : un singe.

L’histoire avance avec un visuel de singe qui fait autre chose de plus sympathique que le cow-boy. Sur les pages de gauche, nous avons donc l’histoire du cow-boy sans visuel, avec seulement du texte.

Sur la droite, nous avons un singe qui vit une autre vie plus sympathique. L’histoire est une alternative qu’a prise l’autrice face aux actions plutôt négatives du cow-boy. Un vrai coup de cœur !!! C’est drôle, décalé, malin !

Cavale de Rebecca Dautremer et Jacominus de la même autrice.

Cavale est un album esthétiquement abouti sans fioriture. On y côtoie des montagnes qui ressemblent à des statues de l’Île de Pâques, des tons de couleurs qui magnifient la terre.

Les personnages sont des représentations du temps : la Fin (mort), Maintenant (l’acceptation du présent), Montagne (symbole de l’immobilisme), Cavale le jeune garçon qui veut vivre, mais a peur de la mort, d’où sa cavale permanente. On est dans un discours philosophique, un hymne à la vie ! À lire absolument, car il bouscule les consciences. C’est très réussi.

Les riches heures de Jacominus Gainsborough aux Editons Sarbacane.

Jacominus est un album pour enfants déjà grands et adultes encore rêveurs. Jacominus, c’est un personnage aux traits d’animaux et entourés de sa cohorte de personnages du monde animal.
Le propos de cet album est de relater la vie d’un être de sa naissance à sa mort avec toutes ses caractéristiques, ses forces, ses faiblesses, sa famille, ses amis et ses amours.

Raconté de manière très poétique et singulière, il fait la part belle à ce qui fait qu’un individu est différent des autres et comment il arrive à se réaliser dans la vie.

Jacominus est un chef d’œuvre littéraire et artistique !

Comme un million
de papillons noirs
de
Laura Nsafou chez cambourakis

Un très joli livre et une histoire qui permet de sensibiliser sur l’identité raciale. Adé est une petite fille de couleur noire. Elle se fait remarquer par ses cheveux, si différents. Elle est moquée et se sent rejetée.

Sa maman lui explique que les papillons qu’adore Adé sont d’abord des chenilles, un cocon disgracieux. Mais ils deviennent de fabuleux papillons. La maman apprend à sa petite fille à aimer ses cheveux et use de malice pour qu’enfin des papillons naissent dans cette chevelure. Toute sa force de persuasion va s’avérer payante. C’est presque un tour de magie !

Le musée des
museaux amusants
de Fanny Pageaud, Editions L’Atelier
du Poisson Soluble

Très bel ouvrage sur les animaux qui possèdent des museaux étonnants. Voici un beau livre, avec une mise en page très soignée. À la fois documentaire, avec ses fiches et ses planches, c’est un livre de curiosité qui m’a complètement séduite. Mon coup de cœur documentaire Jeunesse 2019 !